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Amélie Cordier, docteur en intelligence artificielle, à propos de l'impact de celle-ci sur les métiers et les compétences : décapant !

Alexandre Moulard ©

Invitée à témoigner jeudi 24 janvier au club de la presse en introduction de la conférence de presse de lancement du 23ème Mondial des Métiers, Amélie Cordier nous a offert un regard acéré sur l'impact du numérique sur les métiers et les compétences, qui concernent directement toute personne en activité professionnelle ou sur la voie de l'orientation.

Son témoignage sur l'impact de l'intelligence artificielle sur les métiers et les compétences avait pour objectif de déconstruire les stéréotypes et les pré-supposés :  fausses idées, fascination, peurs, tout a été évoqué, sans tabou !
C'est aussi l'occasion de faire  avec elle un retour sur son parcours atypique et de partager son expérience "à propos des robots, des compétences et de l'humain".

Amélie Cordier, ingénieure, docteure en intelligence artificielle, a été maître de conférences à L'Université Lyon 1 et au LIRIS pendant 10 ans. Elle occupe désormais le poste de responsable de la recherche chez Hoomano, une startup qui explore les interactions entre les humains et les robots, avec pour mission principale de créer des logiciels pour des robots dit robots sociaux. Spécialiste de l'intelligence artificielle développementale, elle contribue à faire évoluer la recherche dans ce domaine tout en proposant des applications pratiques. 
Amélie est présidente de Lyon is AI, le collectif Lyonnais des passionnés de l'IA.

Destinée à une prépa, elle choisit très jeune (et contre l'avis parental) d'intégrer la Fac, puis décide de se réorienter en école d'ingénieur.e. Elle rédige sa thèse de fin d'étude sur l'Intelligence artificielle. Aujourd'hui, son expérience et son expertise sont des plus intéressantes dans un contexte où les compétences, les métiers  évoluent toujours plus vite. Apprenez en plus sur son parcours atypique, ses motivations et sa démarche professionnelle dans son interview.

 

Pensez-vousque l’intelligence artificielle est destructrice ou créatrice d’emploi ?
« Je pense que l'intelligence artificielle est transformatrice, elle n'est ni l'une ni l'autre, mais plutôt les deux. Cette technologie ne supprime pas directement des emplois mais plutôt des tâches, et en même temps, elle en crée d'autres. C'est donc une techologique qui transforme la notion de métier, plutôt qu'une menace ou même une incroyable opportunité. »


Qu’appelez-vous des robots sociaux ?
« Je travaille pour Hoomano, une entreprise qui crée des solutions logicielles pour créer des interactions entre les humains et les robots sociaux, dont le but est de communiquer avec les humains et non pas d'effectuer une tâche particulière. Ces robots ne font rien, en revanche ils sont capables de communiquer, de donner de l'information, parfois d'en recevoir et parfois aussi de divertir les gens. »


Au moment où vous avez fait le choix de faire votre thèse sur l’IA, comment était considérée celle-ci ? Pensiez-vous que aujourd’hui vous seriez chercheuse en IA ?
« Avant d'effectuer ma thèse j'ai effectué un master en IA, et je n'avais pas cette ambition de faire une thèse. Le sujet de l'IA n'était pas très populaire, pas autant qu'il l'est aujourd'hui ! C'était vraiment de la recherche, considérée même par beaucoup plus comme de la science fiction que de la science.
Je n'ai jamais vraiment réflechi en terme de métier, j'ai plutôt réflechi en terme d'intérêts. J'ai choisi de regarder ce qui m'intéressait et ce qui m'intéressait c'était d'enseigner, de partager mes connaissances, de résoudre des problèmes. C'est la convergence d'opportunités, d'idées, d'intérêts personnels qui m'a amenée vers les métiers de la recherche ! Je ne pense pas à un moment m'être dit que je voulais être chercheuse en IA. »


Comment avez-vous préparé votre première orientation ? Pensez-vous que aujourd’hui avec les outils à disposition vous auriez mieux préparé votre orientation ?
« Je l'ai mal préparée. Cependant je ne pense pas pouvoir donner une opinion catégorique si oui ou non je l'aurais mieux préparé avec ces nouveaux outils. Je pense que l'orientation est très personnelle et que chacun a sa façon de faire. Certaines personnes vont s'orienter en fonction de leurs rêves car elles ont une idée bien précise, et d'autres, qui n'ont pas d'idée a priori, feront leur choix selon des recommandations .Enfin d'autres, comme je l'ai fait, convergeront petit à petit vers le métier qui leur plait.
Au regard de ma personnalité, je ne sais donc pas si ces outils m'auraient aidée à mieux gérer mon orientation, mais ce que je sais en revanche c'est que la pluralité des outils permet d'offrir plus de chances aux gens de réussir leur orientation. »


Comment l’intelligence artificielle vient impacter les métiers et les humains ?
« Je n'ai pas vraiment de réponse à cette question. En effet, les technologies se développent très rapidement et démultiplient les facteurs d'accélération du numérique en général ! Cela ouvre aussi des possibilités de transformation et d'automatisation de certains métiers, de certaines tâches qui étaient insoupçonnées jusqu'alors. Il est difficile d'avoir une vue d'ensemble sur l'impact de l'IA sur la société.
En revanche il est intéressant de se poser la question inverse, quel impact la société à t'elle sur l'IA ? Il est important en tant qu'invidu et en tant que société d'essayer d'orienter les usages de l'IA dans des directions qui sont conformes à nos valeurs. Quels services acceptons ou refusons nous d'utiliser ? Comment par notre comportement de consommateur,.e. nous pouvons influencer son développement ? »


Que direz-vous aux jeunes qui souhaitent travailler dans ce secteur en pleine expansion ?
« De le faire ! L'IA c'est un sujet, le numérique en général c'est notre quotidien qui offre plein de possibilités et d'opportunités et de choses à inventer. Ce qui est important, c'est  que tout le monde y participe afin d'avoir une vision représentative de la société. Il est essentiel que tout le monde, peut importe son profil, sa croyance, sa culture contribue au developpement de l'IA afin que celle ci soit transdisciplaire et non pas réservée aux seul.e.s ingénieur.e.s ou mathématicien.ne.s. Tout le monde doit pouvoir tirer profit de l'IA et que son développement aille dans le sens que la société souhaite.  »


L'interview vidéo complète ci-dessous :